jeudi 13 décembre 2018

Pas de chance

En arrivant à Londres il y a 8 ans, nous avons été surpris par les paquets laissés sur les paillassons en évidence. Nous avons pensé alors que le pays était beaucoup plus confiant sur la question du vol.

Jusqu'à ce que notre boîte hebdomadaire bio disparaisse, partiellement vidée de son contenu. Il y avait du choix à l'intérieur, viandes et bananes ont été retirées des sacs et nous n'avions plus qu'à retourner faire des courses et prévenir le fournisseur.
Un vendeur brésilien se présente à la porte un soir de black friday. Il a une offre intéressante sur des boîtes contenants des menus et tous les ingrédients pour 4 personnes et 4 repas pour envion £30/semaine.
Assez emballés (!), nous sélectionnons le menu de la boîte de la semaine suivante avec délectation. Nous transmettons l'information essentielle de ne pas laisser la boîte sur le paillasson, mais plus en retrait derrière les poubelles.

Semaine#1 : Pas de corvée de menus cette semaine. L'esprit léger, nous attendons avec impatience la fin de la journée. Un message arrive pour prévenir du statut de la livraison, accompagné d'une photo de Abdi, le livreur, pas son selfie, mais une preuve de sa livraison.
La déception est grande. Il a laissé la boîte sur le paillasson comme si elle n'était pas suffisamment voyante.
En rentrant, elle n'est évidemment plus là. Les enfants sont effarés (ils n'ont jamais vu ça).

Heureusement, le service client est toujours assez efficace et nous discutons avec Ebow du problème rencontré. Il est sincèrement désolé et crédite notre compte et promet de refaire passer le message.

Semaine#2 :
Nous restons confiant sur la semaine à venir, surtout moi, qui ait sectionné les nouveaux menus et bien résolue à profiter de cette chance - même s'il faut quand même cuisiner.
La journée passe et le message du livreur Saeed, arrive avec la photo.
La MÊME photo que la semaine précédente.
La moutarde me monte au nez. J'appelle le service client en écoutant à peine les excuses de Matt, qui propose de contacter un voisin qui pourrait rentrer la boîte chez lui ! Nous n'avons pas la chance d'avoir un ami voisin, donc je reste impuissante devant la situation. Il me suggère de le rappeler à mon arrivée chez nous pour confirmer si la boîte est là ou non. J'ai bien-sûr autre chose à faire à ce moment-là - la boîte est toujours là - et il me rappelle, tout content à l'annonce de la bonne nouvelle ! Pourquoi s’énerver ?

Semaine# 3 :
En prévision de la semaine à venir, mon bricoleur préféré s’attelle à un nouveau projet. Il aime les challenges et particulièrement travailler le bois. Il conçoit une boîte avec une palette récupérée, sur laquelle il fixe un verrou qui peut se fermer en tournant un verrou, dont nous seuls avons la clef. Il prépare son pochoir pour mettre en évidence la fonction de la boîte. Projet rondement mené et hautement satisfaisant. La boîte est magnifique et nous ne nous privons pas de partager des photos avec notre entourage.
Toujours assez curieux du contenu de la boîte (ils changent les menus toutes les semaines), la journée touche à sa fin et le message arrive. Avec cette photo : la boîte est lovée contre la belle boîte faite maison.
 *Voici ce qui me passe par la tête à ce moment-là*

- la boîte est trop belle pour être assimilée à une boîte de livraison
- le message n'est pas assez explicite, on aurait du l'écrire en plusieurs langues ou avec des caractères différents (une flèche, des lumières qui clignotent ???)
- le livreur n'a pas utilisé son cerveau
- j'envoie la photo au chef bricoleur ?
- comment vais-je m'y prendre pour appeler le service client ?

Cette fois, je sors de l'endroit où je suis pendant la journée, pour passer un petit coup de téléphone, au calme, dans la rue.
Je fais connaissance avec Shelley, qui se confond en excuses quand elle arrive à en placer une. Elle a une solution. Elle propose de contacter le service de livraison et demander au livreur de revenir sur ses pas, et de mettre le carton à l'intérieur de la boîte prévue à cet effet.

A la nuit tombée, c'est à dire à peine 16h,  je rentre peu confiante sur l'issue de l'affaire.
Je trouve sur le sol la boîte, bien heureusement, mais des petites sœurs se sont greffées à elle.
Semaine#4 en projet :
Toujours dans l'attente du manager qui doit me rappeler, j'ai élaboré une stratégie. Aucun voleur n'est venu depuis 2 semaines, c'est positif ! J'ai décidé de guetter moi-moi même les livreurs et de leur expliquer comment ouvrir la porte et la refermer après avoir livré le paquet à l'intérieur.
L'ironie du sort, ce sont leurs messages "systématiques" après chaque coup de fil,  "Merci de nous avoir contacté aujourd’hui, nous aimerions avoir votre retour sur l'aide apportée par Shelley, Ebow, Matt...". Je crois qu'ils savent bien pourquoi je n'ai pas répondu.

Unlucky

 Christmas is a busy time of year for deliveries. When we arrived in London from France about eight years ago now, we were surprised to see parcels left on doormats, unattended.

We never experienced any stolen parcels up to today. That day happened with our organic basket. We informed our grocery provider about the fact that some of the content of the weekly box had been taken, meat and bananas (only unwanted greens had been left for us).
 As they had no answer to the issue, we decided to change our routine and try a new box of recipes delivered to your door. Hassle-free way to get your menus and food preparation done for you and your family.
Week#1 :
On the day of the delivery, we were looking forward to trying a new service and came home expectantly.
Our disppointment was huge, when we discovered the picture from the delivery van after his parcel was dropped...on the doormat.
We had of course mentionned on our account : NO DELIVERIES should be left unattended.
Bad luck. Ebow, from the custumers' services arranged our money back, after many apologies. We still had our mouth watering when choosing our menus for week#2 and decided to say full of hopes despite our empty fridge.
Week#2 :
Same day of the week. A text message received from the company, with another picture as a proof of delivery, driver's name is Abdi. Let's see how he manages the instructions.
Same story.
How helpless you are when you see your parcel, unattended, and you cannot leave whatever you do during your day at work.
The parcel IS standing, proudly, on the front door, boasting with its red colour, almost saying "take me (I'm free)".

This time, I decide to give a ring to the company. Matt, my custumer service representative askd whether I knew anybody locally to come and pick up my box - which I don't - and came out with no idea but suggesting to call back when back home.
The box has survived a second thief but the food tasted bitter sweet.
Week#3 :
Over the week end, we decide to build our own shelter. The woodwork is something Mister DIY enjoys a lot. He likes a challenge.
He builds a wooden box for deliveries out of a reclaimed pallet. He designs his own stencil to make sure the box is clearly labeled for our next deliveries. The project led to a beautiful parcel box and everyone felt confident about the next day.
Apprehensive about the outcomes, we leave the house in the morning. No food alternative in the fridge, but optimistic about how the instructions are now clear for everyone.
At work, the supsense is barely manageable, until comes the van, this time the driver's name is Saeed, who also sends his own picture.
Our box is, this time, snuggling againt the beautiful decorative homemade box.

*Here is a list of my "self talk" at that very moment*
- the box is too beautiful to look useful
- the message is not clear enough (why not use different languages or font, even lights ?)
- the driver is not using his brain
- let's forward the picture and send it to the DIY project manager
- how am I going to speak to the customer service composedly ?

I presume Matt is avoiding the SouthWest London crazy French lady and handles it to Shelley -definitely very sorry indeed to hear about the issue.
I have to leave the premises to feel free to speak a bit louder than usual. She comes with another suggestion. She will reach the driver asap to ask him to come back - and put the box into our parcel box ! Meanwhile, everyone around has a good laugh when seing the picture.
On my way home, that evening, here is what I found on the front door, laying on the ground AND over the box, not one parcel, but 3.
On that cold winter day, 3 drivers came one after the other, and let their delivery flocking together OVER the handmade craft meant to be collecting PARCELS.
Week#4 plans :
No thieves around for two weeks, we're in luck. Maybe the first box contents didn't suit his tastes.
We are still waiting for the manager to call us back (we've let them know about the situation via email). By a strange twist of fate, every week, we get text messages from the company saying "thank you for getting in touch today. Got 5 seconds ? We'd love to hear your feedback". 
I have made a wise decision. I stay there until they arrive, and I will explain whoever comes with a parcel to deliver, how to open the door and close the locker.

dimanche 9 décembre 2018

Tooting so cool

 
Un dimanche d'hiver - pendant que le centre ville de Londres est en pleine euphorie de Noël - nous sortons faire un tour dans le quartier et tranquillement profiter du rayon de soleil. 
Le marché couvert de Tooting évolue à grande vitesse, après une menace de travaux prévus pour la construction du Crossrail coupant en deux le marché datant de 1930. Les rails du plus important projet d'Europe ne passeront pas par là. Et on s'en réjouit.
L'ambiance est comparable à ces food court qui se développent un peu partout. Qui a dit qu'on ne mangeait pas bien en Grande-Bretagne ? Des commerçants proposent aussi, ce qui n'est pas très courant, des produits frais non-emballés (!), fruits, légumes, et un boucher, Stannards, installé depuis 1966 : un témoin du temps qui passe. J'espère qu'il n'a pas voté LEAVE, avec tous ses voisins...

En face une petite place avec des tables communes permet de déguster des produits sur place. Des jus de fruits, du gin distillé sur place, de la bière artisanale. Nous apprécions le café Brickwood, petite chaîne australienne qui cartonne avec ses brunchs, et la garantie d'y boire d'excellents cafés.
Nous découvrons les derniers arrivés dans l'aile nouvellement ajoutée.
Dans le yard market, chaque commerce s'est installé avec le peu d'espace disponible, et toujours avec beaucoup de créativité. Ding Ding, stand de dumplings de Hong Kong, avec ses paniers de bambous accrochés au plafond. Des italiens font des pizzas "pocket" qu'ils plient...pour les faire frire (innovants, donc). Pour les vrais fans de pizza, il y a aussi Franco Manca et sa fameuse pâte au levain. Une petite boutique de produits bio attire notre attention, avec son nom BYO, plus connu habituellement dans les restaurants (bring your own bottle). 
Cette fois, il ne s'agit pas d'alcool  mais de produits d’épicerie en vrac, produits d'entretien et même shampoing et savon, que les clients achètent dans les contenants qu'ils apportent. Notre ventre gargouille donc nous prenons la direction des stands asiatiques, excellents sushis, ramens, et même petit retour sur le continent, avec la France et L'Amuse-bouche (crêpes et galette), et Bordelaise, un bistrot avec des nappes à carreaux ! L’Espagne est représentée avec des tapas  et son bar à vins à déguster au comptoir.  
En dehors des commerces de bouche, il y aussi un salon pour les ongles, un barbier, un disquaire, une boutique portugaise de retouches, Love Art, une belle boutique de cartes et gravures locales, livres pour enfants, un vrai inventaire à la Prévert. Comme on dit en anglais "watch this space !". Enjoy your visit.

lundi 19 novembre 2018

Space Shifters

Space Shifters est une exposition qui regroupe une vingtaine d'artistes dont les installations, sculptures, miroirs déformants, boules magiques géantes vous emmèneront dans des univers interactifs datant de ces 50 dernières années.
Elles ont toutes la particularité d'avoir des propriétés cinétiques. Certaines bougent, d'autres nous rendent partie intégrante de l'oeuvre, grâce à nos mouvements ! En 2014, pour les lecteurs assidus, nous avions vécu une expérience magique lors de l'exposition Sensing Spaces, à la Royal Academy of Arts.

Cette fois, nos billets sont réservés pour ce dimanche matin au Southbank Center. Depuis fin septembre jusqu'au 6 janvier, la galerie Hayward présente des œuvres grand format et attire de nombreux visiteurs. 
Dès l'entrée dans la grande salle d’accueil, les miroirs ont un effet presque douloureux pour les yeux ! C'est une installation datant de 2008  est signée Anish Kapoor, cet artiste est d'origine indienne et vit à Londres aujourd’hui. Sa deuxième installation a retenu notre attention, celle qu'il a exposé à l’extérieur de la galerie est un miroir circulaire incliné vers le ciel qui s'y reflète.

Dans la première salle, un autre artiste propose une vision de l'espace en mouvement : le danois Jeppe Hein a installé au mur un miroir long tournant lentement. Des poufs permettent au public de prendre le temps de regarder la rotation du miroir. Selon lui, son installation est un outil de communication et de dialogue. Il pose la question "are you outside or inside the work , you don't really know" et invite les spectateurs à une expérience méditative !
Nombreux enfants avec leurs familles assistent à  l'exposition, un public très éclectique qui profite aussi de la présence de danseurs tout au long du parcours. Ils portent sur leurs épaules des miroirs sur des structures en bois qu'ils transportent doucement dans l'espace et forment des sculptures cinétiques.
Nous quittons ce premier espace en nous dirigeant vers un rideau de chaînettes, bruyantes, scintillantes, très attirantes ! Le travail de cet artiste espagnol Daniel Steegmann Mangramé nous amène dans un espace où il est difficile de savoir quels ont les miroirs des volumes vides dans lesquels on peut circuler, entre réalité et illusion, une oeuvre crée par une artiste polonaise Alicja Kwade. 

La boule géante violette de Fred Eversley, artiste américain, anciennement ingénieur aéronautique, est encore une oeuvre esthétique, à laquelle on ne résiste pas à se poster derrière et se prendre en photo.
Plus loin, on trouve une pièce dédiée à une artiste japonaise que nous avions vu à la Tate Modern (ici), Yayoi Kutsama; connue pour tous les pois qu'elle diffusait dans l'espace, comme des gommettes.
Cette fois, les pois ont pris du volume sous forme de"boules" dont la matière métallique se reflète et attire le regard par la quantité posée au sol. Elle s'intéresse de nouveau à la répétition et à notion d'infini, ce qui offre un spectacle grand format toujours réussi.
En suivant une ligne rouge qui commence sur la rampe d'un escalier, on comprend qu'il faut la suivre. Elle nous amène dans un vaste espace ou la ligne s’étend en formant un mouvement comme un ruban rigide. L'artiste polonaise Monika Sosnowska présente ici un effet surprise, et "désoriente". Elle travaille sur ce qui n'est pas "évident" à l’œil. "My works are...about introducing chaoas and uncertainty. They make reality stop being obvious".  
Toujours sous le charme des rideaux de chaînettes, cette fois-ci dorées, nous attendons notre tour pour pouvoir s'y donner à cœur joie ! L’intérieur / l’extérieur n'offre pas la même vision de l’espace autour de nous. Et l’intérêt de pouvoir se glisser derrière est vraiment intéressant, un peu comme le jeu des tout-petits "coucou / cachés". Derrière le rideau, on arrive à un dispositif pour faire la queue...
L'installation phare de l'exposition fait l'objet d'une organisation particulière, des barrières sont installées pour faire patienter le public (jusqu’à une heure de queue). La sculpture-disque en extérieur d'Anish Kapoor nous aide à patienter, mais nous sommes un peu impatients de voir ce qu'il se passe dans cette pièce mystérieuse pour créer une queue pareille.
Pendant l'attente, j'occupe le temps avec mon appareil photo ! Une à deux personnes seulement entrent simultanément dans l'espace crée par Richard Wilson, un anglais déjà connu pour son travail à grande échelle. Il a "inondé" une pièce d'un liquide noir (de l'huile qui sent assez fort) qu'on traverse au centre, protégé par des parois. L'huile est "remplie" jusqu'au ras bord - il est interdit de mettre les doigts, cheveux et écharpes doivent rester attachés ! L'idée est de nous bousculer, ne sachant plus comment les volumes sont organisés, si le reflet du liquide est une illusion ou une réalité. La porte située sur un des côtés s'allonge et la masse de liquide se poursuit dans l'autre espace voisin.
Les installations sont nombreuses, leur nombre et les différentes transparences, parties vides ou pleines nous ont bien "occupés", et bien-sûr ne nous laissant pas du tout insensibles. A voir seul ou à plusieurs, toujours intéressant de discuter sur nos préférences.
Hayward Gallery Southbank Centre 
337-338 Belvedere Rd, London SE1 8XX, Waterloo Station
11am – 7pm every day except Tuesdays when the gallery is closed.
Late night opening on Thursdays until 9pm.